>> téléchargez la brochure éditée lors de l'année du châtaigner Arbres remarquables : la châtaigneraie d'Argenteau (domaine privé)
Vous êtes devant un petit sanctuaire, un autre celui-là, un lieu paisible et tout de bois vêtu, loin de mon ruisseau, à 150 m d’altitude et planté il y a environ 250 ans, celui dédié au castanae sativa, la seule espèce de châtaigner indigène d’Europe, une espèce de lumière ou de mi-ombre et d’ombre quand il est jeune.
Sol Ces ancêtres tranquilles plongent leurs racines dans une terre drainée, habituellement sur une roche schisteuse, siliceuse (sol acide) ou sablonneuse mais jamais sur un sol qui se détrempe, ni calcaire. Vos pieds ne foulent donc pas les calcaires célèbres (viséens et frasniens, très très vieux !) qui se trouvent plus au nord vers Richelle. Reproduction La patience est toujours vertueuse quand on attend le fruit de l’arbre aimé. Le châtaigner commence à fleurir au mois de juin, autour de ses 20 ans. Monoïque donc portant les chatons mâles et les fleurs femelles sur le même individu, il est aussi rusé et pratique la protandrie. Qu’est-ce donc que ces mœurs étranges me direz-vous ? Simplement un savant procédé qui ne fera jamais fleurir les fleurs mâles et femelles du même arbre en même temps, évitant de ce fait l’auto fécondation. Moralité, si vous espérez qu’il vous offre des châtaignes, ne le plantez pas seul à des kilomètres à la ronde. Regarder une châtaigne c’est lire une histoire. Observer pour trouver les indices de son passé, de sa croissance dans la bogue, de son passé de fleur femelle. Mai. Une fleur femelle est fécondée. Peu à peu elle va s’épaissir pour se transformer en akène (fruit à péricarpe sec qui ne s’ouvre pas à maturité), ici en châtaigne. Une fois la bogue épineuse arrivée à maturité, fin septembre, elle va tomber au sol et s’ouvrir en 4 valves pour libérer trois jolies châtaignes. Ce procédé de reproduction détermine la famille à laquelle appartient son arbre. Ici la cupule épineuse qui enveloppe le fruit depuis sa fécondation jusqu’à sa maturité donnait son nom à la famille des Cupulifères… logique. Le nom de cette famille a été changé ensuite en Fagacées du hêtre fagus. En sortant la châtaigne de son cocon très protecteur, gare aux épines, une petite tache blanche décore le péricarpe (emballage brun et costaud) de la châtaigne. On l’appelle le hile, l’endroit ou le fruit était arrimé à la bogue. A l’intérieur, l’amande est douillettement enrobée par le tan, que l’on enlève avant de la consommer car son goût est trop âcre. Et le petit épi poilu au sommet de la châtaigne… ? Le plus bel indice de son passé de fleur : les restes des stigmates et du style de la fleur femelle. Un digne représentant Le plus gros châtaigner en ces lieux domine les autres de ses 19 mètres de haut et de son imposant tour de taille de 5 mètres 63 (mais ces données datent de 1978... origine : Eaux et Forêts) Origine/utilisation L’origine de son nom latin castanea viendrait de Kastanis, ville perse qui dans l’Antiquité abondait de cet arbre. Appelé aussi arbre à pain ou arbre à saucisses, c’est dire l’importance qu’il pouvait avoir jadis pour éviter les famines. Les châtaignes séchées se conservent quatre ans, réduites en farine elles sont cuites en galettes (et aujourd’hui en gaufres bien revigorante pour vos randonnées - je vous entends là, oui, la recette se trouve p 34 dans le petit "en savoir plus" à télécharger), les feuilles servaient de litière pour les animaux et les châtaignes engraissaient aussi les porcs d’où le surnom d’arbre à viande ou à saucisses. Les bogues finissaient au feu ou en fumier. Le bois du châtaigner étant également riche en tanin, il fut dépecé pour tanner les peaux. De ce fait, il résiste bien à l’eau car le tanin empêche la putréfaction du bois. Sa dureté n’étant pas assez forte pour les bois de charpentes car il se fend, l’on en fera des outils, des piquets et clôtures… Le tanin donnera aussi un goût très prononcé à son miel (je n'en suis pas fan). Et encore aujourd’hui, elle nous régale grillée (mon truc : fendre en deux pour ne pas qu’elles explosent puis envelopper dans du papier journal quelques minutes après grillade, ramollies pour facilement s'éplucher), en soupe, confiture, gratins, miel, grillées, farines… Biodiversité et espèces alentours Ma vingtaine de châtaigner aux vieux troncs tortueux offrent refuge à nombre de mes espèces. Certains champignos en voie de disparition ne se trouvent que sur ces très vieux troncs. Il offre à butiner aux abeilles, abrite mes pics, sert de forge au repas des oiseaux qui coincent les graines de hêtre dans les anfractuosités de l’écorce, cache les écureuils et leurs réserves, réfugie de petit mammifères comme le lérot dans les creux de son vieux tronc… apparemment son odeur indisposerait les mouches, les araignées préférant alors choisir un autre arbre.
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